
L'affaire Akile révèle une pathologie profonde de la SENELEC : quand la gouvernance est opaque, le syndicat comble le vide institutionnel. À la SENEAU, un acte identique — l'acquisition de compteurs — s'est déroulé sans polémique, car les procédures sont claires et chacun connaît son rôle. Cette comparaison démontre que la filialisation ne résout rien : on ne transforme pas le plomb en or en le découpant en trois morceaux. Seule la privatisation, intelligemment conduite avec un régulateur fort et des garanties sociales, peut imposer la discipline de marché qui rendra à la SENELEC une gouvernance sérieuse et durable.

Depuis 1999, le Sénégal paie l'électricité 28 à 40 % plus cher que la Côte d'Ivoire — conséquence directe d'une privatisation partiellement engagée puis abandonnée en dix-huit mois. Le modèle ivoirien (CIE/ERANOVE depuis 1990, 87 % d'électrification, zéro délestage) et le modèle Sen'Eau sénégalais (PPP eau depuis 1996, référence africaine) démontrent pourtant que la réforme fonctionne lorsque la volonté institutionnelle tient dans la durée. La filialisation annoncée en 2026 est une réorganisation, pas une réforme : SENELEC reste entièrement publique. Sans partenaire privé apportant capitaux et compétence opérationnelle, la stratégie gas to power restera vulnérable. L'enjeu est l'emploi de 60 % d'une population de moins de 25 ans. Le temps des consensus est venu.