Depuis trop longtemps, un faux débat captive l'Afrique : francophone contre anglophone, héritage français contre héritage britannique. Ce débat nourrit des postures identitaires et entretient un confort victimaire, mais il ne résiste pas une seconde à l'analyse des données. La vraie frontière qui sépare les pays africains qui réussissent de ceux qui échouent n'a pas d'accent. Elle s'appelle gouvernance. Et son révélateur le plus brutal s'appelle l'Indice de Perception de la Corruption.

CE QUE LES DONNÉES DISENT SANS AMBIGUÏTÉ

0

pays parmi les plus pauvres d'Afrique appartient à un seul bloc linguistique  le mythe s'effondre

58 / 100

IPC du Cap-Vert (lusophone, sans ressources)  1er continental hors Île Maurice

13 / 100

IPC du Soudan du Sud (anglophone)  parmi les 5 derniers mondiaux

1 variable

La gouvernance  et non la langue  explique les trajectoires de développement africaines

Il est des débats qui méritent d'être tranchés avec l'arme la plus redoutable qui soit : les faits. Le débat sur la supposée supériorité de l'Afrique anglophone sur l'Afrique francophone est de ceux-là. On l'entend dans les cercles académiques, dans les cénacles de politique économique, dans les tribunes des journaux continentaux. Il nourrit des comparaisons aussi fréquentes que mal fondées : le Ghana contre la Côte d'Ivoire, le Kenya contre le Sénégal, le Nigeria contre le Cameroun. Il produit des conclusions hâtives sur le poids des héritages coloniaux respectifs et sur l'influence supposément délétère du modèle français sur les économies qu'il a façonnées.

Ce débat est un écran de fumée. Il est intellectuellement commode il offre une explication simple à des phénomènes complexes, il distribue des responsabilités sans avoir à les analyser, et il permet d'éviter le regard dans le miroir que toute analyse sérieuse des défaillances africaines finit par imposer. Mais il ne résiste pas à l'épreuve des données. Car si la langue expliquait le développement, on trouverait parmi les pays africains les plus fragiles une sur-représentation nette d'un bloc linguistique. Ce n'est pas le cas. On trouve parmi les États les plus défaillants le Liberia et la Sierra Leone (anglophones), le Niger et la Centrafrique (francophones), le Mozambique (lusophone). Cette dispersion prouve une chose, et une seule : la langue n'explique rien.

Ce qui explique tout, en revanche, c'est la gouvernance. Et l'indicateur qui le révèle avec la plus grande brutalité factuelle est l'Indice de Perception de la Corruption (IPC) publié annuellement par Transparency International. Cet indice ne discrimine pas selon la langue. Il discrimine selon la qualité des institutions, la robustesse des contre-pouvoirs, la transparence de l'action publique et la capacité d'un État à protéger ses ressources contre les prédations privées. Et ce qu'il révèle devrait forcer le silence de tous ceux qui continuent de débattre de la langue comme variable explicative du développement africain.

« La véritable fracture africaine n'est pas linguistique. Elle est institutionnelle. Et son révélateur le plus implacable est l'Indice de Perception de la Corruption. »

I. L'Indice de Perception de la Corruption : le miroir qui ne ment pas

Ce que le classement révèle  et ce qu'il détruit

L'IPC 2024 de Transparency International note les pays sur une échelle de 0 (corruption perçue comme omniprésente) à 100 (très faible corruption perçue). Il est produit à partir de sources multiples et indépendantes, couvrant les perceptions des acteurs économiques, des analystes et de la société civile. Il ne mesure pas la corruption dans l'absolu aucun indicateur ne peut prétendre à cette précision mais il mesure la perception qu'en ont les acteurs qui vivent et investissent dans ces pays. Ce faisant, il mesure quelque chose de fondamental pour le développement : la confiance.

IPC 2024  Afrique : les données qui font taire le débat linguistique

Pays

IPC 2024

Langue officielle

Observation clé

🇨🇻 Cap-Vert

58 / 100

Lusophone

Meilleur africain hors île Maurice

🇲🇺 Île Maurice

54 / 100

Anglophone

1er rang continental

🇧🇼 Botswana

53 / 100

Anglophone

Top 5 Afrique

🇷🇼 Rwanda

53 / 100

Anglophone

Meilleure progression 2010-2024

🇿🇦 Afrique du Sud

41 / 100

Anglophone

En recul depuis 2012

🇸🇳 Sénégal

43 / 100

Francophone

Progrès limités, instabilité politique 2024

🇨🇮 Côte d'Ivoire

37 / 100

Francophone

En amélioration depuis 2012

🇳🇬 Nigeria

26 / 100

Anglophone

Parmi les plus bas malgré l'économie la plus grande

🇨🇩 RD Congo

20 / 100

Francophone

Classé parmi les 15 derniers mondiaux

🇸🇸 Soudan du Sud

13 / 100

Anglophone

Parmi les 5 derniers mondiaux

Sources : Transparency International, Corruption Perceptions Index 2024.

Ce tableau dit une chose simple et irrévocable : il n'existe pas de corrélation entre la langue officielle et le score de l'IPC. Les meilleurs scores africains sont obtenus par des pays lusophones (Cap-Vert), anglophones (Île Maurice, Botswana, Rwanda) et dans une moindre mesure francophones (Sénégal). Les pires scores sont tout aussi linguistiquement diversifiés : le Soudan du Sud et le Nigeria sont anglophones, la RD Congo et le Tchad sont francophones, le Zimbabwe est anglophone. La langue ne trie pas la gouvernance trie.

La corruption comme facteur de développement : ce que la science économique dit

La relation entre corruption et sous-développement est l'une des mieux documentées de l'économie du développement contemporaine. Le FMI estime que la corruption réduit la croissance économique d'environ 1 point de pourcentage par an dans les pays où elle est systémique  un manque à gagner considérable sur la durée d'un mandat présidentiel. La Banque Mondiale a calculé que les entreprises des pays à forte corruption paient jusqu'à 10 % de leur chiffre d'affaires en pots-de-vin informels, un impôt régressif qui pèse proportionnellement davantage sur les PME et les entrepreneurs locaux que sur les grandes multinationales qui peuvent se payer des équipes de compliance.

La corruption détruit le développement par au moins quatre mécanismes simultanés. Elle dissuade l'investissement privé  aucun entrepreneur rationnel n'investit dans un environnement où les règles du jeu changent au gré des intérêts privés du décideur public. Elle détourne les ressources publiques de leur destination légitime  les investissements en santé, éducation et infrastructure  vers des enrichissements privés. Elle érode la confiance des citoyens envers leurs institutions, produisant le désengagement civique et la fragilité politique. Et elle décourage la compétence  dans un système où l'avancement dépend de la loyauté et de la capacité à redistribuer les rentes, les individus les plus intègres quittent le secteur public ou ne l'intègrent jamais.

II. Le Cap-Vert : la démonstration la plus éclatante qu'il n'y a pas de fatalité

Un pays qui n'avait aucune des conditions supposées du succès

Si l'on cherchait un pays pour réfuter définitivement l'idée qu'une rente de ressources naturelles, une taille critique ou un héritage colonial particulier conditionne le développement africain, on ne trouverait pas mieux que le Cap-Vert. Cet archipel lusophone de dix îles, situé dans l'Atlantique, ne dispose d'aucune ressource naturelle significative  pas de pétrole, pas d'or, pas de minerais. Il n'a pas de surface agricole suffisante pour nourrir sa population. Il ne dispose d'aucun avantage géographique particulier pour le commerce. Sa taille  600 000 habitants  l'exclut de tout marché intérieur viable par lui-même.

Et pourtant. Le Cap-Vert affiche régulièrement l'un des meilleurs scores africains à l'IPC  58 sur 100 en 2024. Il est classé par Mo Ibrahim comme l'un des pays africains gouvernés le plus efficacement. Il a atteint le statut de pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure. Il est cité par le PNUD comme l'un des pays africains ayant réalisé les progrès les plus constants en développement humain sur les quatre dernières décennies. Il surclasse des pays anglophones, francophones et lusophones beaucoup plus grands, beaucoup plus riches en ressources naturelles, beaucoup plus médiatisés.

La méthode qui n'a pas d'accent

Ce que le Cap-Vert a fait n'a rien de mystérieux. Il a appliqué avec constance et sur plusieurs décennies une doctrine simple, exigeante et universellement disponible : construire des institutions qui protègent les règles plutôt que les rentes. Cette doctrine repose sur quatre piliers documentés que ses voisins africains  anglophones, francophones ou lusophones  ont souvent proclamés sans les appliquer.

Le premier pilier est la lutte effective contre la corruption  non pas comme slogan de campagne, mais comme priorité institutionnelle permanente, dotée d'organes indépendants, de procédures transparentes et de sanctions effectives. Le deuxième est la discipline administrative  le respect des règles de fonctionnement de l'État, la stabilité des procédures, la prévisibilité des décisions publiques pour les acteurs économiques. Le troisième est la continuité des politiques publiques  la capacité à maintenir le cap à travers les alternances politiques, à ne pas défaire à chaque élection ce que le gouvernement précédent avait patiemment construit. Le quatrième est la redevabilité institutionnelle  l'obligation pour tout détenteur de pouvoir public de rendre compte de ses décisions, de ses résultats et de l'utilisation des ressources qui lui ont été confiées.

Ces quatre piliers ne sont pas lusophones. Ils ne sont pas anglophones. Ils ne sont pas francophones. Ils sont universels. Et le fait que le Cap-Vert les ait appliqués avec plus de constance que beaucoup d'autres pays africains  indépendamment de la langue dans laquelle ses dirigeants ont été formés  est la réfutation la plus élégante qui soit du mythe linguistique.

« Le Cap-Vert prouve que la réussite n'a pas d'accent : elle a une méthode. Et cette méthode repose sur la lutte contre la corruption, la discipline administrative, la continuité des politiques publiques et la redevabilité. »

III. Ce que le Rwanda, le Botswana et l'Île Maurice confirment

Trois pays, trois langues, une même variable explicative

Le Cap-Vert n'est pas un cas isolé. Trois autres pays africains confirment avec force la même leçon, chacun dans son contexte géographique, historique et culturel propre. Leur point commun n'est ni la langue, ni la ressource, ni l'héritage colonial  c'est la qualité de la gouvernance.

Le Botswana est anglophone, semi-aride, enclavé et dépendant historiquement du diamant. Ses voisins immédiats partagent souvent des conditions similaires et affichent des trajectoires de développement nettement moins favorables. Ce qui distingue le Botswana, c'est sa capacité  exceptionnelle par les standards africains  à avoir transformé sa rente diamantifère en investissements publics plutôt qu'en enrichissements privés. Cette capacité ne vient pas de sa langue : elle vient d'institutions qui ont protégé les ressources publiques contre les prédations.

L'Île Maurice est anglophone, insulaire, sans ressources naturelles significatives, avec une histoire marquée par l'esclavage et l'engagisme. Elle est aujourd'hui le pays africain le mieux classé à l'IPC et l'une des économies les plus compétitives du continent. Sa trajectoire s'explique par une gouvernance stable, une justice indépendante, une administration professionnelle et une culture de la transparence institutionnelle qui a rendu l'île prévisible  donc attractive  pour les investisseurs internationaux.

Le Rwanda est officiellement trilingue (kinyarwanda, français, anglais), sorti d'un génocide en 1994 avec une économie détruite, des institutions en ruines et une population traumatisée. En trente ans, il a construit l'un des appareils d'État les plus performants d'Afrique subsaharienne  non pas en choisissant la bonne langue, mais en faisant de la lutte contre la corruption une priorité nationale absolue, en professionnalisant sa fonction publique et en instaurant une culture de la redevabilité qui s'impose à tous les niveaux de l'administration. Le Rwanda est la démonstration qu'une gouvernance solide peut vaincre n'importe quelle adversité historique  y compris un génocide.

Et les contre-exemples anglophones qui font taire l'argument linguistique

Si la langue expliquait le développement, le Nigeria  anglophone, plus grande économie africaine, cent soixante millions de consommateurs, ressources pétrolières considérables  devrait figurer parmi les pays africains les plus développés. Son IPC de 26 sur 100 en 2024 le place au contraire parmi les pays où la corruption est perçue comme la plus envahissante du continent. La Sierra Leone, anglophone, affiche des indicateurs de développement parmi les plus faibles d'Afrique. Le Zimbabwe, anglophone, a connu l'une des crises économiques les plus spectaculaires de l'histoire africaine contemporaine, directement liée à la prédation systémique des ressources publiques par une classe dirigeante non soumise à la redevabilité.

Ces contre-exemples anglophones ne prouvent pas que l'anglophonie est un frein au développement  tout comme les exemples du Cap-Vert, du Botswana et du Rwanda ne prouvent pas que la lusophonie ou l'anglophonie est un atout. Ils prouvent simplement que la langue est une variable sans pouvoir explicatif réel sur les trajectoires de développement. La variable qui explique, c'est la gouvernance. La variable qui détruit, c'est la corruption.


 

IV. Ce que ce débat coûte à l'Afrique

Le prix du mauvais diagnostic

Le débat francophone-anglophone n'est pas seulement intellectuellement faux. Il est politiquement coûteux. En déplaçant l'explication du sous-développement vers la langue et l'héritage colonial, il produit plusieurs effets pervers qui retardent les réformes nécessaires.

Il déresponsabilise les élites africaines en leur offrant une explication exogène à des défaillances endogènes. Si le problème vient de la France ou de l'héritage colonial britannique, les dirigeants actuels ne sont pas responsables des dysfonctionnements de leurs États  ils en sont les victimes. Cette logique victimaire, confortable pour ceux qui exercent le pouvoir, est dévastatrice pour la qualité de la gouvernance. Elle permet de continuer à prédire les ressources publiques tout en se réclamant de la décolonisation.

Il détourne les énergies réformistes des vrais chantiers. L'énergie qui pourrait être consacrée à renforcer les institutions de contrôle, à professionnaliser les nominations publiques, à garantir l'indépendance de la justice, est consacrée à des débats sur la zone franc ou sur les programmes scolaires hérités de la colonisation. Ces débats peuvent avoir leur légitimité  mais ils ne résoudront pas la corruption, ils n'amélioreront pas les services publics et ils n'attireront pas les investisseurs.

Il nourrit des divisions continentales artificielles qui freinent l'intégration africaine. La ZLECAf a besoin d'un continent qui se pense comme un espace économique unifié, non comme un archipel de blocs linguistiques rivaux. Tant que les analyses du commerce intra-africain seront structurées autour des fractures linguistiques plutôt que des fractures institutionnelles, les leviers d'intégration les plus puissants  harmonisation des réglementations, corridors logistiques, standards communs  resteront inexploités.

Le coût direct de la corruption sur le développement africain

L'Union Africaine a estimé que la corruption coûte à l'Afrique environ 150 milliards de dollars par an  soit plus que le montant total de l'aide publique au développement reçue par le continent. Cette somme représente des hôpitaux non construits, des écoles non équipées, des routes non bitumées, des réseaux électriques non déployés, des PME non financées. Elle représente des millions d'emplois non créés dans le secteur formel. Elle représente des générations d'enfants africains privés des infrastructures publiques auxquelles leurs revenus fiscaux auraient dû donner accès.

Ces 150 milliards ne sont pas perdus à cause de la langue dans laquelle les décrets de détournement ont été rédigés. Ils sont perdus à cause de l'absence des quatre garde-fous institutionnels que le Cap-Vert, le Rwanda et le Botswana ont construits avec patience : la transparence des comptes publics, l'indépendance des organes de contrôle, la responsabilité pénale effective des prédateurs de l'État et la culture de la redevabilité à tous les niveaux de l'administration.

« La corruption coûte à l'Afrique 150 milliards de dollars par an  plus que l'aide publique au développement totale. Ce n'est pas la langue qui signe ces détournements. C'est l'absence de gouvernance. »


 

V. Ce que l'Afrique doit choisir

Cinq priorités pour en finir avec le mauvais débat

Mettre fin au débat francophone-anglophone n'est pas un exercice de relativisme culturel. C'est une exigence de rigueur analytique et de responsabilité politique. Et cette rigueur commande de nommer les vrais problèmes pour pouvoir construire les vraies solutions. Cinq priorités s'imposent à tout gouvernement africain qui veut transformer la trajectoire de son pays.

La première priorité est l'indépendance effective des institutions de contrôle : Cour des comptes, Inspection générale d'État, autorités de lutte contre la corruption, parquet financier. Ces institutions existent dans la plupart des pays africains. Ce qui leur manque, trop souvent, c'est l'indépendance réelle vis-à-vis du pouvoir exécutif  et les ressources humaines et financières pour exercer leur mission sans concession.

La deuxième priorité est la publication systématique des informations budgétaires. La transparence fiscale  publication des budgets, des marchés publics, des contrats de ressources naturelles, des salaires dans la fonction publique  est l'un des instruments les moins coûteux et les plus efficaces de lutte contre la corruption. Elle transforme les citoyens, les journalistes et la société civile en acteurs de la redevabilité.

La troisième priorité est la justice économique effective et non sélective. Aucune réforme de gouvernance ne sera prise au sérieux par les citoyens africains tant que la sanction pénale de la corruption restera l'exception plutôt que la règle, et tant qu'elle s'appliquera aux petits délinquants tout en épargnant les grands prédateurs politiquement connectés. La sélectivité de la justice économique est la forme la plus démoralisante de corruption institutionnelle.

La quatrième priorité est la professionnalisation des nominations dans la fonction publique. Les nominations méritocratiques  sur la base de compétences vérifiables, via des processus transparents et avec des mandats limités liés aux résultats  sont la condition première d'un État efficace. Elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice du pouvoir politique : elles en sont, à terme, le meilleur allié, parce qu'un État qui fonctionne est le premier actif de tout gouvernement.

La cinquième priorité est la continuité institutionnelle à travers les alternances politiques. Les grandes politiques publiques  fiscalité, infrastructure, éducation, santé, environnement  doivent être protégées des cycles électoraux par des mécanismes institutionnels qui les rendent difficiles à défaire unilatéralement. Cette continuité est ce qui permet à un pays de bâtir sur les acquis de ses prédécesseurs plutôt que de recommencer à zéro à chaque changement de gouvernement.

L'Afrique n'a plus le luxe de se tromper de combat

La vraie frontière africaine n'est pas entre l'Ouest et l'Est, entre le Nord et le Sud, entre le Sahel et les côtes, entre l'anglophone et le francophone. La vraie frontière est entre les États qui ont décidé de gouverner pour leurs citoyens et ceux qui gouvernent pour leurs réseaux. Entre les États qui ont construit des institutions qui protègent les règles et ceux qui ont laissé des individus s'approprier les règles. Entre les États où la corruption est traitée comme un crime et ceux où elle est traitée comme un mode de fonctionnement normal.

Cette frontière traverse tous les blocs linguistiques. Elle ne respecte ni l'héritage français ni l'héritage britannique. Elle s'est installée là où les garde-fous ont sauté  et elle peut être repoussée là où on décide de les restaurer. Le Cap-Vert l'a fait sans pétrole ni or. Le Rwanda l'a fait depuis les ruines d'un génocide. Le Botswana l'a fait avec du sable et des diamants. Ces pays ne partagent pas la même langue. Ils partagent la même conviction : la performance publique n'est pas un luxe de pays riche  c'est la condition par laquelle un pays pauvre cesse de l'être.

L'Afrique n'a plus le luxe de se tromper de combat. Chaque année consacrée au débat francophone-anglophone est une année de moins pour construire les institutions qui manquent. Chaque milliard détourné est un milliard de moins pour les hôpitaux, les écoles et les routes qui transforment les vies. Chaque nomination clientéliste est un talent de moins dans les administrations qui doivent servir les citoyens. Le choix est simple, même s'il n'est pas facile : regarder le vrai problème en face, nommer la corruption pour ce qu'elle est, et construire les systèmes qui la combattent. C'est la seule frontière qui compte. Et la franchir ne nécessite pas de changer de langue  seulement de changer de gouvernance.

« La vérité est simple : la performance d'un pays dépend d'abord de la qualité de sa gouvernance, et la gouvernance dépend d'abord de sa capacité à combattre la corruption. Le Cap-Vert le prouve. L'IPC le confirme. L'Afrique n'a plus le luxe de se tromper de combat. »