
L’article montre que le secteur parapublic sénégalais souffre d’un excès de juridisme : les conseils d’administration se concentrent sur les procédures, les convocations et les formalités, tandis que la performance réelle des entreprises publiques n’est presque jamais discutée. Il appelle à un changement profond : passer d’une gouvernance centrée sur la conformité à une gouvernance centrée sur les résultats, la mesure, la discipline de gestion et la création de valeur.

Le Sénégal réforme son secteur parapublic, mais la réussite exige une gouvernance modernisée. La charte ivoirienne offre un modèle opérationnel immédiatement adaptable. Le cadre sénégalais est solide, mais il manque une doctrine pratique pour structurer le dialogue État–entités. Avec une volonté politique constante et un déploiement progressif, le pays peut franchir un cap décisif vers une gouvernance plus performante.

Le secteur parapublic sénégalais porte l’héritage d’un modèle de gouvernance installé depuis plus de trois décennies, marqué par l’absence de pression de performance, de gouvernance exigeante et de reddition des comptes. Cette inertie, inscrite dans la durée, s’articule autour de trois dates clés — 1990, 2022 et 2026 — qui révèlent la longévité d’un cadre juridique dépassé, l’ambition d’une réforme structurante et la persistance d’un retard dans son opérationnalisation. La loi 90‑07, fondée sur la tutelle et le contrôle a posteriori, a laissé prospérer des dérives devenues systémiques : recrutements incontrôlés, dérives budgétaires, faiblesse du contrôle interne, prolifération de filiales sans cohérence stratégique.

Le débat sur la gouvernance du secteur parapublic au Sénégal ne relève plus du détail administratif : il révèle une faille structurelle dans l’exercice des responsabilités publiques. Quatre ans après l’adoption de la loi 2022 08, censée consacrer l’autonomie de gestion et clarifier les rôles, les Conseils d’administration peinent encore à imposer leur autorité. L’intervention croissante des tutelles techniques, l’absence persistante des décrets d’application et la fragilité des organes délibérants traduisent une crise silencieuse de la gouvernance. Restaurer l’autorité des CA n’est plus une option : c’est une urgence pour la cohérence de l’État et la crédibilité de la réforme.

Malgré la loi 2022‑08 et les exigences de l’OHADA, l’auditeur interne reste mal protégé dans le secteur parapublic sénégalais, souvent suspendu ou marginalisé, comme l’illustre le cas de la RTS. À l’inverse, dans les banques, l’audit interne est une fonction intouchable. Tant que l’auditeur interne restera une tête de turc, la gouvernance publique ne pourra pas atteindre la performance attendue.