Problématique du secteur informel en Afrique

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Lansana Gagny SAKHO

Pour rappel, il faut savoir que le secteur informel est un espace où les agents économiques qui y interviennent ne sont pas formels. C’est-à-dire qu’ils échappent à la comptabilité des Etats. Le constat global est que le secteur informel ne paie pas ses impôts et ceci pourrait constituer un frein pour la bonne marche des pays dans la mesure où les impôts et taxes permettent aux gouvernements de fonctionner. IIemploie près de 80 % de la population active en Afrique de l’Ouest, selon le rapport 2008 de l’OCDE. Ces employés travaillent souvent dans des conditions précaires.. 

Comparées aux entreprises formelles qui sont de grandes tailles, les entreprises informelles ont une productivité qui est très basse. En effet, les conditions ne permettent pas aux employés de bien travailler et d’avoir une productivité à la hauteur des professionnels.  Ce sont des entreprises qui n’ont souvent pas accès aux services publics. Le secteur fonctionne selon ses propres règles. La concurrence y est souvent déloyale dans certains secteurs, ceux qui se sont formalisés subissent une concurrence déloyale des entreprises de ce secteur.  

Mais qu'est-ce qui pousse les entrepreneurs africains vers l'informel ?

Au nombre des facteurs stimulantsle développement du secteur informel, ondénombre les charges fiscales et sociales, la qualité des institutions, et la taille du marché et de l’activité économique. Ainsi, plus la différence entre le coût total du travail dans une économie officielle et celui de l’économie informelle est élevée et plus la tentation de se diriger vers l’informel est grande. En outre, un système judiciaire inefficace, une bureaucratie excessive, le manque de transparence, et la difficulté d’accès au crédit peuvent pousser vers cette alternative, surtout quand les capacités de répression du gouvernement sont faibles.

Pendant des décennies injonction avait été faite aux États de formaliser certaines de ses activités. Derrière cette volonté se cachait aussi l'enjeu de la bancarisation des populations africaines et d’élargissement de l’assiette fiscale.

Les concepteurs de la politique fiscale sur le continent doivent s'intéresser autant, voire davantage, aux raisons pour lesquelles les entreprises ne paient pas d'impôts qu'au fait qu'elles n'en paient pas.A bien deségards, le développement peut être également être considéré́ comme uneréponse au défi de l’explosion démographiqueen corrélation à la demande d’emplois que connait le continent.

Malgré ses multiples inconvénients qui freinent le développement économique des pays africains, le secteur informel a des avantages.  Nos pays doivent ainsi adopter des politiques de réduction des coûts des démarches administratives pour donner aux acteurs du secteur informel la chance de se formaliser. Sinon le phénomène risque de s’aggraver et le développement de nos pays tardera à se faire.

Mondialisation & défi de la croissance démographique

En réalité, l'industrie africaine n'a pas réussi à prendre le train de la mondialisation. Elle a même plutôt souffert de la libéralisation. Au niveau international, les sources davantage concurrentielles sont non seulement liées au coût des facteurs de production, aussi aux capacités de négociation des états à la qualité des outils institutionnels, aux possibilités d’accéder aux sources d’innovations mais surtout aux capacités organisationnelles et techniques des entreprises…. 

Pour aider à la réduction de la pauvreté, l’Afrique doit chercher à augmenter encore plus ses taux de croissance et les soutenir sur une longue période. De plus, il faut un plus grand équilibre entre les secteurs industriels grands consommateurs de capitaux et gros consommateurs de main d’œuvre. On ne peut cependant pas encourager les industries grandes consommatrices de main d’œuvre qui créent des emplois pour les pauvres aux dépend des industries grandes consommatrices de capitaux.

Les perspectives démographiques en Afrique ne laissent planer en effet aucun doute sur la nécessité d'une action énergique. A l'horizon 2050, la population en Afrique aura presque doublé par rapport à 2017, pour atteindre 2,5 milliards d'habitants, contre 1,25 milliard aujourd'hui. Si des solutions ne sont pas trouvées pour changer le modèle de création de richesse des économies africaines, l’exclusion de pans importants de la société se poursuivra, il sera quasiment impossible de désamorcer cette bombe sociale qui constitue le plus grand risque pour le continent.